mercredi 8 avril 2009

L'histoire fabuleuse des deux pays dominant le monde

Il était une fois deux grands et beaux pays. L’un était très riche, ses habitants roulaient dans de grosses voitures et habitaient dans de grandes maisons. L’autre était pauvre et très peuplé. Ses habitants n’avaient pas de voiture et à peine une maison.

Tout allait bien pour le premier pays, mais ses habitants n’étaient jamais contents. Il leur fallait toujours plus de richesses et de produits. Ainsi, les deux pays trouvèrent un arrangement.

Le deuxième pays allait produire des marchandises à très bas prix pour le premier pays. Cela permettrait à l’un de se moderniser et de donner des emplois à ses habitants, à l’autre de continuer à vivre dans la profusion.

Certes, cet arrangement froissait un peu les convictions du deuxième pays, mais c’était le prix à payer pour redonner de la fierté à son peuple et pour que ses dirigeants restent au pouvoir.

Le premier pays acheta donc de nombreuses marchandises au deuxième en les payant avec sa monnaie qui était verte. Le deuxième pays eut donc un gros tas de monnaie verte. Il ne savait trop quoi faire de cet argent.

A force de dépenser, le premier pays vida peu à peu ses caisses. Quand l’argent vint à manquer, il se tourna donc vers les autres pays pour emprunter de l’argent. Comme le deuxième pays avait son gros tas vert inutile, il prêta sans problème au premier. D’autant, que si ce premier arrêtait de dépenser, c’était l’économie du deuxième qui risquait de souffrir, et son peuple qui risquait de protester.

Pour continuer ainsi à emprunter sans limites, le premier pays fit croire qu’il avait plein de richesses : des maisons, des immeubles, des entreprises dont la valeur augmentait sans cesse avec les années. Le monde pouvait ainsi continuer à prêter au premier pays qui, à travers son patrimoine, présentait des garanties importantes. Les habitants du premier pays dépensèrent donc sans limites.

Cependant, un jour, quelques personnes du premier pays n’arrivèrent plus à rembourser. Certes, ils n’étaient pas très nombreux, mais ce fut un choc. Les prêteurs décidèrent donc de se rembourser avec le patrimoine des mauvais payeurs, seulement ils se rendirent compte que celui-ci ne valait pas le prix qu’ils espéraient. Ainsi, le doute s’installa, et le patrimoine du premier pays tout entier perdit beaucoup de valeur.

Les banques du premier pays qui avaient poussé les habitants à s’endetter plus que de raison se sentirent mal. On se rendit compte qu’elle possédait beaucoup moins que ce qu’on pensait. Ainsi, en quelques mois, une partie de la richesse du monde partit en fumée, mais en fait elle n’avait réellement jamais vraiment existée.

Le deuxième pays commença à avoir peur. Le premier pays allait moins consommer et peut-être allait-il avoir du mal à rembourser sa dette. Pourtant, il fallait bien que le deuxième pays récupère son argent gagné à la sueur de ses ouvriers.

Cependant, comme le premier pays était très puissant, il donna de nouvelles garanties. Son gouvernement promit de dépenser beaucoup d’argent pour sauver les banques et les entreprises, et pour que les gens continuent à consommer. Le deuxième pays fut rassuré mais il se demanda tout de même d’où venait tout cet argent.

En enquêtant, il se rendit compte que le gouvernement du premier pays n’avait pas cet argent, et donc qu’il s’endettait encore plus. Mais, le deuxième pays avait-il le choix de refuser de prêter ? Il était piégé car sa subsistance dépendait encore de la santé du premier pays.

Seulement, la dette du premier pays devint tellement énorme que le monde tout entier ne pouvait prêter assez. Ainsi, le premier pays décida qu’il devait racheter lui-même une partie de sa propre dette avec de la monnaie verte supplémentaire qu’il pouvait fabriquer.

La monnaie verte se répandit donc un peu partout, de gros tas se formant chez les pays qui vendaient des choses au premier pays. Mais surtout, le premier pays était tellement gourmand que tous les prêteurs se tournaient vers lui. Seulement, il y avait de moins en moins d’argent pour le reste et surtout pour les entreprises et les habitants du monde entier qui ne faisaient pas le poids face au gouvernement très puissant du premier pays.

Pour ne rien arranger, comme cette solution semblait fonctionner pour le premier pays, d’autres pays qui connaissaient des problèmes similaires se mirent à l’imiter, et beaucoup devinrent très endettés.

Finalement, comme l’argent convergeait vers les gouvernements, ce sont eux qui se mirent à diriger l’économie et à décider des secteurs à aider, des entreprises à acheter voire même du salaire des patrons des sociétés privées à l’intérieur de leur pays.

Seulement, les gouvernement commencèrent à apprécier le pouvoir qu’ils avaient acquis. Peu importe, si certains s’endettaient plus que de raison. Ils pourraient toujours rembourser dans une monnaie qui ne vaudrait plus rien à l’avenir tellement elle serait abondante.

Le deuxième pays fut lui un peu plus embêté. Il n’avait rien à rembourser et surtout il se rendit compte que son gros tas de monnaie verte ne vaudrait bientôt plus grand-chose. Il lui fallait trouver des choses à acheter mais qui avaient une vraie valeur, ce qui devenait de plus en plus rare. Mais surtout, pour survivre il devait encore et encore continuer à prêter au premier pays, à moins de trouver de nouveaux candidats à l’endettement et à la consommation forcenée, ce qui ne devrait pas être trop difficile.

Moralité : Quand le faible passe un accord avec le fort, il est destiné à progresser mais à rester dominé. Quand le fort passe un accord avec le faible, il est destiné à régresser mais il montre aussi qu’il est prêt à tout pour garder sa supériorité. Ainsi, un jour où l’autre, l’ancien fort et l’ancien faible seront forcément destinés à se détester.

E.B. // Moneyzine

4 commentaires:

Vadrouille a dit…

Jolie macro,

Je dois avouer lire avec plaisir vos pavés bien qu'ils ne soient pas très nombreux.
Sur une note plus légère je trouve l'analyse bien pensée et claire, mais je m'étonne de ne pas voir de parallèle avec la micro. La lutte des classes ronchonne et est en train de trouvé un nouveau cheval de bataille. Le duo Chine/US et Riche/Pauvre ne prend-il pas tout son sens aujourd'hui ?
A croire que le monde attendait de redevenir bi-polaire pour recouvrer la joie de vivre.
Je suis comme vous émerveillé par la simplicité des faits et des causes mais je suis dans l'incapacité de voir dans le détail, celui qui rend heureux, comment est-ce que tout cela va se terminer...
C'est aussi avec délectation que je vois les blogs plus ou moins libéraux horizontalement ou verticalement se tirer dans les pattes pour se trouver, comme nos politiques, une raison d'être; d'exister.
Je crois comme vous que le monde à entamé un profond changement depuis le 15 septembre dernier; sonnant le glas de ces 20 années folles que l'on a vécues depuis que le marteau et la faucille ont été enterrés.
Mais peut-être avons-nous crier victoire trop tôt puisque leur idéologie, comme un objet céleste, continue à projeté une ombre angoissante sur le futur.
Il apparait une fois de plus que les tours de Babel, peut importe leur architecte, ne peuvent dépasser une limite verticale avant de s'écrouler comme les précédentes. Celles-là mêmes dont on se moquait alors éperdument en jurant que nous nous étions sûr de nos fondations et de ce que nous allions en faire.

Il n'y a plus qu'attendre les nouveaux Mao, FDR, Staline, CDG... Mais, s'ils se font tous entendre, lequel est-ce qu'on écoute plus attentivement ?
Le même qu'il y a cinquante ans, on efface tout et on recommence ?

E. Boubacha a dit…

Merci pour vos remarques.
Il est vrai que j'ai tendance à écrire des pavés, on ne se refait pas (pourtant j'essaye !).

Effectivement, on croyait qu'enfin tout allait s'équilibrer, mais l'instabilité est ce qui fait avancer le monde.

Espérons, comme vous dites, qu'il n'avance pas en reculant !

Libertas a dit…

Merci pour ce conte (qui risque de mal se terminer).

Une remarque de forme : il n'y a pas d'accent circonflexe au passé simple, ni de terminaison en -t pour les verbes du premier groupe : commença plutôt que commença, promit plutôt que promît. Ce n'est pas de l'imparfait du subjonctif.

E. Boubacha a dit…

@ Libertas :
Merci pour ces rappels des règles du passé simple. Tel le subjonctif, je reste encore imparfait.

Enfin, c'est corrigé.
A bientôt